Les coquetteries de Clio

mercredi 27 mai 2015.

Le Premier britannique entreprend aujourd’hui la tournée de quelques capitales européennes. L’ordre du jour n’en aura échappé à personne : David Cameron vient négocier le maintien conditionnel du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, ou la préparer à sa dénonciation du traité d’adhésion. Face à Bruxelles, il dispose de trois atouts, inappréciables, presque irrésistibles : 1) l’impact de la récente victoire électorale (inattendue) de sa formation tory, dont la fraction europhobe s’augmente de la volonté de rupture avec l’UE dans le reste de l’électorat ; 2) les effets immédiats de cet épisode sur la tactique du gouvernement grec, assez soucieux de son prestige pour vouloir exploiter cette aubaine et pour renoncer au compromis avec Bruxelles et la BCE ; 3) la multiplication de ces énergies centrifuges, étayées par le résultat des récentes élections espagnoles. Pour la première fois, l’UE doit faire face à une contestation multipolaire, passant par la voie des urnes, ignorant les clivages statistiques de la pensée économique (la Grèce "pauvre" fait cause provisoirement commune avec la Grande-Bretagne "riche", le "nonisme" coalise le peuple et les élites). L’ironie de l’histoire aura voulu que David Cameron dirige le parti politique qui, en septembre 1946, par la voix de Churchill, avait convié les peuples européens, au lendemain de la guerre, à s’unir en une vaste fédération (discours de Zurich). La même ironie veut aussi que, dans l’esprit de Yalta, le même Churchill ait décidé, en 1944-45, de lâcher la résistance communiste grecque quand la Grèce s’insurge contre l’occupant nazi et ses suppôts grecs. Le grand espace européen, qui a de la mémoire, n’en a décidément pas fini avec ses tourments.


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